Kaptascope #33 : L’Ombra

Kaptascope #33 : L’Ombra

Les petits chats, ce mois-ci j’ouvre le bal avec une petite brève de psychologie analytique.

« La prise de conscience de l’ombre développe d’abord une série d’effets qui sont tous de l’ordre de la perte. En cela, elle est dangereuse. […] L’homme qui fait face à son ombre entre dans un conflit aux caractères particuliers. Ce n’est pas une lutte, mais un démantèlement. Il ne s’agit pas de combattre pour ou contre, mais de maintenir les liens pendant une mise en morceaux. »

On peut lire cela, et moult autres choses merveilleuses et terrifiantes, chez Elie G. HUMBERT dans « L’homme aux prises avec l’inconscient » édité chez Albin Michel. Parce qu’il ne sera pas dit qu’on ne peut pas lier l’utile à l’agréable, le culturel au divertissement, c’est d’ailleurs pour ça qu’on fait le Kaptascope, et j’espère aussi pour ça que vous écoutez le Kaptascope.

Alors, fort de ce postulat, le démantèlement plutôt que la lutte, le maintien des liens pendant une mise en morceaux, ça me semble CRUCIAL comme notion pour aborder le groupe d’aujourd’hui, qui se fait projecteur et machiniste de cette part invisible de l’inconscient collectif : la mémoire — et vous savez comme moi, je pense, que les souvenirs se déforment  avec le temps. Mettre en lumière des souvenirs, c’est braquer la part belle de Saturne, le sculpteur de Temps, artisan à l’ouvrage dans les méandres de la réminiscence, c’est voler l’image de l’oubli, et finalement implanter dans le conscient tout ce que parfois, on voudrait voir disparaître, magnifié, comme il se doit, par le cortège d’émotions liées qui suit l’image. Je me demande comment sont les souvenirs aveugles, images mentales se dérobant aux regards.

La bonne nouvelle, c’est qu’il y a une réponse, certes parmi d’autres, mais qu’on reçoit aujourd’hui. Se jouant du carcan de la langue, puisqu’au moins trine, des deux côtés des Alpes et outre-Manche (de quoi se faire un costume), c’est un travail d’historien sensible, d’archéologue de la mémoire, de peintre aussi, dont les pinceaux se décline en vibrations et la couleur en lumière, et la toile, eh bien, la toile, c’est vous.

Un monde entier par tranche de conscience, quelques minutes pour faire de vous les témoins d’une existence sans doute révolue sur le plan temporel, mais diablement présente là, sur scène, entre ténèbres et éblouissement.

L’OMBRA. Dans le Kaptascope.

Kaptascope #33: L’Ombra