Kaptascope #20 : Briofeet

Kaptascope #20 : Briofeet

Avant tout, ça sent l’héritage. Paternel peut-être, d’un truc encore présent mais déjà plus neuf au moment de la conception des musiciens. Je serai tenté de déceler un reste de curiosité enfantine, un moment crucial à l’entrée de l’adolescence où l’un ou plusieurs d’entre eux aurait tiré des cartons quelques galettes usées, rincées, poncées, rayées, de celles qui ont fait l’histoire du rock’n’roll. Et fatalement, les auraient placées sur le lecteur idoine. J’imagine de jeunes yeux qui s’ouvrent et des oreilles qui frémissent, ne sachant s’il faut monter ou baisser le son.

Vous noterez que ça peut marcher aussi avec des cassettes à moitié mangées par des auto-radios capricieux, des bobines collées laissées trop près des haut-parleurs, des cartouches 8 pistes pleines de graisse… voire même une émission de radio libre sur les ondes courtes.

En somme, essayer de deviner comment ils sont tombés dedans étant petits, libérés de l’obligation de connaître parce que la mode est passée depuis quelques temps — attention, sans pour autant tomber en désuétude — et donc, forcés d’aimer ça par choix.

J’aime bien parler d’adolescence, parce que c’est souvent là que ça se passe pour les musiciens, quand ils se frottent à leurs pairs armés de matériel dont ils tirent le meilleur, qui ne sera jamais que le pire. Il y a là tout à réinventer. Parce qu’on ne pourra jamais pomper note par note — il y en a qui le font, mais il s’agit d’interprètes, avec des partis pris et les parties prises.
Là, on serait plus proche de la libération génitale et géniale, nécessaire à faire sortir ce qu’il y a de plus tripier. D’ailleurs, les lunettes du chanteur/clavieriste ne seraient-elles pas des reliquats de cette glorieuse époque de l’antenne râteau, de la télévision hertzienne et plus particulièrement des émissions en crypté, et de l’inventivité sans pareille des jeunes en matière d’accéder à ce qui leur est interdit ?
Sachez que je regrette cette époque où la bricole, plus qu’être permise, était de mise.
Alors HEUREUSEMENT que des groupes comme BRIOFEET, qui semble n’avoir jamais quitté cette jouvence rageuse et inventive, reviennent pour secouer un peu les matelas, faire bouger les pieds et rappeler que Fela, Wilko, Ian, Carlos, Alvin, Jimi, Frank, George et tant d’autres ne mourront jamais : c’est toujours un peu d’eux qui entre dans le studio avec les musiciens. BRIOFEET dans le Kaptascope : let there be rock.

Léopold Mathy
Kaptascope #20 : Briofeet